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Toots & The Maytals
Crédité comme l'inventeur du mot reggae, Frederick " Toots " Hibbert a traversé l'histoire de la musique jamaïcaine en y déposant une trace profonde. Surnommé le teacher, il est évident que sa voix gorgée de soul a dû susciter plus d'une vocation Celles qui ne payent pas de mine, mais qui restent. "Prôner le Bien, c’est ça le reggae". En 1968, il était le premier à chanter "Do the reggay" avec son groupe The Maytals. "Ça vient du mot streggay, fille de mauvaise vertu, mal habillée. Comme je ne pouvais pas utiliser ce mot, j’ai enlevé le « s » et c’est devenu reggae. Ce n’était pas une bonne chanson, mais elle utilisait un bon mot qui est resté. À l’époque, le reggae s’appelait Boogie Beat ou Blue Beat". Pour le pionnier du ska, le reggae n’est pas tant une affaire de rythmique que de "bonnes âmes réunies pour un message positif". Fidèle à ses amours de jeunesse chrétienne (d’abord sur les bancs de l’église champêtre de May Pen, puis sur ceux de l’église sioniste copte) et aux fièvres Nyabinghi, il est un des rares papys du reggae à faire de la résistance aux sirènes digitales. Comme il le chantait jadis, Mr. Toots "never grows old" (ne vieillit jamais) et reste reggae, avec ce petit supplément d’âme soul capable de séduire les hermétiques aux breloques vert-jaune-rouge.
Toots avait pourtant raté les belles années du rocksteady car il les avait passées à l’ombre, pour une sombre histoire de ganja qu’il a toujours nié avoir fumé. C’est en sortant du trou qu’il composera son fameux tube "54-46", une ode cathartique à son matricule de prisonnier, bien avant d’apparaître dans le film culte The Harder They Come de Perry Henzell en 1972. Mais en ce nouveau millénaire, après quasiment un demi-siècle de carrière, un Grammy, une entrée au Rock and Roll Hall of Fame, des tournées avec les Who, Buddy Guy, les Stones, ou Dave Matthews, Toots a plus que jamais l’esprit clair et le timbre lumineux. Et il est encore mû par un Unique Amour (One Love), qui flotte en lettres d’or au-dessus de sa maison. "Mon nouvel album, Light your light, est 100% jamaïcain, il veut montrer la lumière, dire à la jeunesse de sortir des ténèbres" souffle Toots. Le dernier conviait une ribambelle de stars occidentales (Bootsy Collins, Roots, Manu Chao, Ben Harper…), toutes fans du vieux prêcheur reggae. Toots n’a jamais caché qu’avant de porter haut le flambeau musical de son île, il avait aussi scruté les étoiles yankees (Sam and Dave, Otis, Ray Charles...). Il en a gardé une ferveur scénique, à cheval entre Papa James, Chuck Berry et Otis Redding. "Pour ce nouvel album, je voulais une patine jamaïcaine" souligne Sir Hibbert qui, malgré les invités, est le véritable homme-orchestre de ces 10 titres, à la production, aux arrangements, claviers, guitare, harmonica et autres aux percus…
Pour l’occasion, il s’est offert un détour vers ses vieilles sources, avec quelques superbes reprises de ses crus ("Johnny Coolman" en duo avec Derek Truck, "Premature" avec Bonnie Raitt…), ou de soul américaine ("Pain In My Heart", "I Gotta Woman"), une pige d’une vieille connaissance des sixties, le batteur Horsemouth, et même un ska hommage a feu Coxsone, patron du Studio 1, en dépit de leurs relations financières houleuses. "C’était quand même quelqu’un. Aujourd’hui, il n’y a plus de grands producteurs en Jamaïque, déplore le parrain. Avant, ils étaient tout pour nous, père, prof, boss". Toots n’oublie donc pas ses roots et prend aujourd’hui à cœur son rôle d’Ancien, avec sa fondation dédiée aux orphelins qui, comme lui, ont dû quitter l’école trop tôt. Il est également en train de produire le premier album d’une jeune chanteuse, Chantel, et il lui reste encore 180 chansons inédites au placard. De beaux sons et lumières en perspective.
Elodie Maillot
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